Un parc Dragon Ball en France ferait rêver une partie des fans, mais le projet évoqué autour de Mirapolis montre déjà que le manga peut devenir un vrai sujet culturel dès qu’il quitte les rayons et les écrans.
Sur le papier, l’image est presque trop forte : un ancien parc français abandonné, une franchise japonaise culte, des financements saoudiens et la promesse d’un grand site de loisirs autour de Dragon Ball. Pour un fan, difficile de ne pas imaginer les décors de Kame House, Capsule Corp ou un Shenron géant au bout d’une allée.
Mais c’est là que ça devient intéressant. Le projet français reste encore très flou. L’hypothèse Dragon Ball vient surtout du fait que Qiddiya Investment construit déjà un parc dédié à l’œuvre d’Akira Toriyama en Arabie saoudite. Les chiffres qui circulent, sept zones, une trentaine d’attractions et plus de 500 000 mètres carrés, renvoient à ce modèle saoudien. Pour Mirapolis, rien ne permet encore de dire que ce format serait repris tel quel.
Le modèle Dragon Ball existe déjà, mais pas encore en France
Le parc Dragon Ball actuellement associé à Qiddiya donne une idée de l’ambition possible. Dans les éléments repris autour du projet, il est question d’un site massif, organisé en sept zones thématiques inspirées de lieux emblématiques de la saga, avec environ trente attractions et une surface annoncée autour de 500 000 mètres carrés.
Dit autrement, on ne parle pas d’une simple expo manga avec deux statues et une boutique de goodies. Le fantasme, côté fan, serait plutôt celui d’un parc pensé comme une immersion complète : décors, attractions, restaurants, zones photo, merchandising et parcours familial autour de Goku, Vegeta, Bulma ou Shenron.

Le point fragile, pour la France, c’est que ce blueprint n’est pas confirmé pour l’ancien site de Mirapolis. Le dossier évoqué concerne une possible relance d’un lieu fermé depuis 1991, près de Cergy, dans le Val-d’Oise. Le thème Dragon Ball reste une hypothèse nourrie par l’activité de Qiddiya, pas une annonce officielle avec plan, date et budget.
Mirapolis, Dragon Ball et le vieux débat sur l’identité culturelle
La réaction du Puy du Fou donne au sujet une dimension beaucoup plus française. Nicolas de Villiers regrette qu’un éventuel nouveau site de loisirs ne soit pas porté par un projet français. Luc de Villiers va plus loin en défendant l’idée que le sol français devrait d’abord promouvoir ce qui constitue la personnalité culturelle du pays.
La phrase qui cristallise le débat est claire : « On va diluer notre identité en se laissant grignoter ». Elle ne vise pas seulement Dragon Ball comme manga. Elle vise l’idée qu’un imaginaire étranger, financé par un acteur saoudien, puisse s’installer sur un ancien symbole des loisirs français.
Pour les fans d’anime, le décalage est assez fou. Dragon Ball fait partie des souvenirs communs de plusieurs générations en France, notamment depuis le Club Dorothée. Beaucoup ont découvert Goku le mercredi devant la télévision, avant de transmettre la série à leurs enfants. Ce n’est pas un objet culturel lointain pour le public français : c’est déjà un morceau de pop culture locale, même si son origine est japonaise.
Ce que changerait vraiment un parc Dragon Ball pour les fans français
Le cas concret est simple. Imagine un parent de 40 ans, fan de Dragon Ball depuis l’enfance, qui emmène ses enfants dans un parc où l’on peut traverser des zones inspirées de la saga, croiser des décors iconiques et repartir avec une expérience plus physique qu’un anime sur Crunchyroll ou un tome posé sur une étagère. Pour lui, ce ne serait pas seulement une attraction : ce serait une transmission.
C’est exactement ce que reflète le témoignage d’un fan interrogé par RMC Story, qui explique avoir grandi avec Dragon Ball et assure qu’il emmènerait ses enfants si un parc ouvrait ses portes. Cette réaction parle à beaucoup de lecteurs manga. En France, Dragon Ball n’est pas une niche. C’est l’une des portes d’entrée majeures vers l’anime et le shonen.
Le paradoxe est là. La France adore le manga, au point d’être régulièrement présentée comme le deuxième grand pays lecteur après le Japon, mais elle hésite encore quand cet imaginaire devient un projet de territoire. Tant que Dragon Ball reste dans les librairies, les conventions ou les salons, tout va bien. Quand il pourrait remplacer Mirapolis, le débat change de niveau.
Pour l’instant, il faut donc garder deux idées en tête. Oui, le format Dragon Ball à grande échelle existe déjà dans les plans de Qiddiya. Non, aucun élément solide ne confirme encore qu’un parc français reprendrait les sept zones, les trente attractions et les 500 000 mètres carrés annoncés ailleurs. Le rêve est très concret côté fan, mais le dossier français reste encore en phase d’étude et de rapport de force culturel.




