[Chronique] Naruto à travers 7 génériques

Pourquoi aime-t-on autant les génériques d’animes ? Plus que de simples chansons, ces clips nous permettent de nous remémorer à chaque écoute les meilleurs moments de nos séries préférées. Si une grosse partie d’entre-eux ne sont que de simples AMV destinées à promouvoir un single ou un artiste, nombre sont de vraies pépites d’animation, des productions originales dirigées par de vrais talents qui souhaitent parfois faire passer un message avec leur œuvre.
Dans notre cas, Naruto doit beaucoup à ses génériques (29 openings et 55 endings, rien que ça !), dont la qualité est cependant très variable. C’est pourquoi nous en avons sélectionnés 7 pour une petite analyse.

I – Naruto OP 9 : yura yura

Dernier opening avant la partie Shippuden, yura yura est un générique mal aimé. Il apparaît en effet lors de la dernière section de fillers qui avaient, à l’époque, gavé beaucoup trop de spectateurs. Pourtant, il serait dommage de passer à côté car il s’agit d’un excellent générique, tranchant avec les précédents titres beaucoup plus orientés rock. yura yura est une chanson du groupe Hearts Grow, qui a également œuvré pour Gintama ou Birdy the Mighty: Decode. Le clip a été conçu par Tokuyuki MATSUTAKE (à qui on doit également l’OP 3 que nous analyserons plus tard), qui signe ici l’un des plus atypiques openings de la série, puisque composé des 2/3 du temps d’ombres chinoises ainsi que de credits très stylisés.

À ce moment dans la série, le village de Konoha est en paix, les ninjas peuvent de nouveau s’entraîner. Cependant, la frustration est bien présente car Sasuke est parti rejoindre Orochimaru. Personne n’a su le retenir, pas même son seul ami Naruto. La musique du générique est donc plutôt nostalgique (une première pour cette série), les paroles évoquant une amitié ou un amour qui ne peut fleurir par la distance.

« Nous étions toujours ensemble. La distance entre nous est maintenant trop grande. »

Refusant de répéter ses erreurs, Naruto s’exerce en exécutant des kata de taijutsu (qui est, rappelons-le, une des trois branches du ninjutsu, comprenant le combat à mains nues et le maniement des armes), animé à la manière d’ombres chinoises pour un plus bel effet. Il est intéressant de voir que c’est contre lui-même qu’il se bat, un miroir de son âme. Il doit d’abord vaincre ses démons pour évoluer. Cet entrainement est entrecoupé de plans où nous apercevons Naruto enfant, ses camarades de l’académie, et ses professeurs. Toutes ses expériences vont lui permettre de mûrir, et être prêt pour la suite de sa carrière, de sa vie. Le bon timing pour amorcer Naruto Shippuden qui débutera juste après.
Il serait bon de terminer ce paragraphe en faisant un parallèle avec l’auteur du manga, Masashi KISHIMOTO, qui lui-même a dû cravacher dur comme Naruto pour réaliser ses rêves. C’est avec force et persévérance qu’il est aujourd’hui l’un des mangaka les plus populaires de ces dernières années.

II – Naruto ED 1 : Wind

Souvenez-vous, en 2002, de l’émotion que nous procurait Wind à la fin de chaque épisode, alors que nous découvrions à peine les premières aventures de Naruto. Une chanson écrite et interprétée par le chanteur Akeboshi qui débutait alors sa carrière. Un titre qui a l’avantage d’être intégralement en anglais (surprenant au premier abord pour un anime très japonais dans l’âme), ce qui permit au public occidental de comprendre plus facilement le message évoqué dans les paroles. Plus tard, on aura eu l’occasion de réentendre Akeboshi via le 13e ending de la série, Yellow Moon, qui a beaucoup moins marqué les esprits.

Conçu et animé par Toshiyuki TSURU (retenez bien ce nom), le clip met en valeur un Naruto très jeune, dans un univers au ton pastel du plus bel effet. De nombreux plans symboliques sont là pour supporter le magnifique texte évoquant les difficultés pour Naruto de s’accommoder à ce monde. On pourrait imaginer qu’il s’agisse d’un Naruto adulte parlant à lui-même, l’encourageant à ne pas abandonner ses rêves..

« Mon genou tremble encore, comme lorsque j’avais douze ans,
Me faufilant hors de la classe par la porte de derrière,
Un homme me cria dessus deux fois, mais je ne m’en souciais pas,
Attendre, c’est perdre du temps, pour des gens comme moi. »

Orphelin et méprisé par la plupart des habitants de Konoha, Naruto a appris à vivre seul. Faisant fi de l’autorité, il s’abandonne corps et âme à son rêve : devenir Hokage pour enfin être respecté et admiré par tous. Si la détermination est bien présente, Naruto ne sait pas comment y parvenir. C’est pour cette raison que, manipulé par Mizuki, il n’hésite pas à voler un rouleau interdit afin d’apprendre une nouvelle technique. Heureusement, par la suite, ses professeurs Iruka, Kakashi et Jiraya sauront gérer cet enfant dynamique.

« N’essaie pas de vivre si sagement,
Ne pleure pas, car tu as raison,
Ne sèche pas tes larmes avec des mensonges ou des craintes,
Car tu finiras par te haïr. »

Après ça, Naruto évoluera dans le bon sens car il aura eu des personnes sur qui compter, notamment Sasuke et Sakura qui apparaissent dans le dernier plan du générique.

III – Naruto Shippuden ED 15 : U Can Do It

Naruto est un véritable terreau pour animateurs. Dans cet ending, ce n’est pas moins de 7 d’entre eux qui y sont crédités, et pas des moindres ! Yoshimichi KAMEDA, Shingo YAMASHITA, Tatsuya KOYANAGI, etc., pour une vrai pépite d’animation. Le clip a été écrit et chapeauté par Hiroyuki YAMASHITA, le futur directeur du film et la série TV de Boruto. La chanson, U Can Do It, est interprétée par DOMINO, un obscur groupe de j-pop qui n’a vécu que 3 ans tout au plus.

Le charme de cet ending provient donc principalement de son animation d’une grande fluidité et d’un incroyable sens du mouvement. C’est ce que l’on appelle plus communément chez nous le sakuga. Dans ce générique, les duels ont la particularité d’être à taille humaine, c’est-à-dire sans utiliser le ninjutsu (seul Konohamaru utilise un clonage). Le talent de ces animateurs est d’avoir su rendre ces affrontements physiques palpables, chaque personnage utilisant un enchaînement logique de techniques de taijutsu pour affronter leur adversaire. Et quelque part, c’est à ça qu’aurait dû ressembler Naruto à ses débuts, à savoir des combats plus simples, plus terre-à-terre, et non un enchaînement de gros pouvoirs à la manière d’un Dragon Ball Z. N’oublions pas que les ninjas sont à la base des espions rusés qui doivent éviter le combat, et non des guerriers surpuissants connus de tous. C’est regrettable d’un point de vue qualitatif, mais ce manga ne serait pas l’un de plus populaires au monde sans ça.

IV – Naruto Shippuden OP 17 : kaze

kaze est une chanson de Yamazaru, connu aussi sous le pseudo de LGMonkees, que vous avez peut-être déjà entendu via le second ending de la série Letter Bee: Reverse. Dans les deux cas, les chansons trop classiques dans leurs sonorités et dans leur interprétation, ne sont pas bien marquantes. Le clip, quant à lui, est crédité Yukio TAKUTSU qui officie comme réalisateur, créateur du storyboard et superviseur de l’animation. Par contre c’est Mayumi OKAMOTO qui s’est chargée d’animer tout ça. L’ensemble fonctionne à merveille, c’est classe, dynamique, coloré, et très propre malgré un nombre incroyable de détails à l’écran ! À noter que Yukio TAKATSU était présent lors de la convention Jonetsu qui se tenait le 7 et 8 avril 2018 à Bourg-la-Reine, dans le but de parler de la création des génériques.

On l’oublie parfois, mais Masashi KISHIMOTO s’est énormément inspiré du folklore de son pays pour construire son œuvre. Prenons par exemple Kyûbi, alias Kurama le renard à neuf queues, inspiré du kitsune, un personnage surnaturel qui a la caractéristique d’avoir une puissance proportionnelle à son nombre de queues. Un japonais va ainsi comprendre instantanément que Kyûbi est un monstre incroyablement puissant, que ce fut un exploit d’en venir à bout, et que Naruto possède en lui une puissance insoupçonnée. Les influences bouddhistes et le shintoïstes sont très présentes également, on peut penser notamment à Amaterasu, Tsukuyomi, et Susanoo, trois techniques librement inspirées de dieux. Yukio TAKUTSU rend donc hommage au travail du mangaka en puisant dans l’univers graphique de l’ukiyo-e pour créer ce générique, pour un rendu très classe remettant en avant les inspirations culturelles de l’œuvre.

V – Naruto Shippuden OP 8 : Diver

Une fois de plus, on retrouve Toshiyuki TSURU à la réalisation, pour un opening d’une grande beauté, et un fond intelligible. Supervisée par Suzuki HIROFUMI, l’animation est ahurissante; le virtuose Tokuyuki MATSUTAKE nous délivre notamment une séquence en apesanteur spectaculaire, où on sent presque le vent traverser l’écran ! À la musique, le groupe de rock NICO TOUCHES THE WALLS qu’on ne présente plus (Fullmetal Alchemist: Brotherhood ou Haikyû), pour un titre certes classique mais entraînant.

Diver est l’exemple même du générique-histoire dévoilant un message explicite sur l’un des propos de la série. Avec un storyboard aussi simple qu’efficace, Toshiyuki TSURU nous parle de l’importance du soutien de ses proches.

« L’horizon est en train de s’éloigner. »

Naruto se laisse couler dans les abysses, son bandeau à la main, le symbole de son affiliation à une certaine caste de la société. Les décisions prises par Sasuke le font douter, l’amenant à réfléchir sur ce qu’il est, et ce qu’il doit faire. Heureusement pour lui, il prend rapidement conscience de son état, et ses camarades sont là pour le retenir. Tous ensembles, ils le renverront vers la lumière. Remis d’aplomb, il renfile son bandeau, se sentant prêt à secourir son ami Sasuke, et s’enfonce dans les ténèbres de son plein gré, cette fois sans crainte de sombrer.

« Ne ferais-je pas mieux de rejeter ma tristesse et de regarder droit devant ?
Mais dans ce cas, je ne pourrais pas rester complètement honnête. »

Rappelons que la jeunesse de Naruto ne fut pas des plus heureuses, mais qu’il a su rester positif par le soutien de quelques personnes comme Iruka au départ, puis ses nombreux camarades de promotion. C’est fort de ces expériences qu’il saura aider Sasuke à ouvrir les yeux. Mais dans les faits, le sauvetage de Sasuke est une telle catastrophe scénaristique qu’il revient du côté du bien pour des motivations incompréhensibles, gâchant par la même occasion l’un des fils conducteurs de l’œuvre. Considérons alors Diver comme un générique vitrine de toute la bonté du récit, et non comme un exemple de la qualité de son contenu.

VI – Naruto Shippuden ED 20 : By My Side

Cet ending est l’œuvre de Shingo YAMASHITA, crédité à la direction, au storyboard, à la supervision de l’animation et à l’animation clé. Bref, c’est son bébé. C’est l’un des animateurs les plus talentueux de sa génération, marquant la rétine du spectateur à chacune de ses productions atypiques. Pour ce générique, il prit le parti d’épurer les traits de ses dessins, ainsi que les décors et les couleurs, pour une efficacité maximum.
Hemenway signe la chanson, un groupe de rock qui nous avait fait le plaisir de venir en France en 2012 à l’occasion de la Japan Expo 13e Impact. Du rock énergique mais plutôt commun, qui n’a jamais vraiment trouvé son public. Pas étonnant alors que le quatuor se soit séparé en 2014 après seulement 3 petites années d’existence.

Le propos de cet ending est sensiblement le même que Diver, mais la mise en scène différente. C’est l’éloignement qui est mis en avant, à travers un Naruto enfermé dans une pièce, cherchant à briser le mur afin d’atteindre le cœur glacial de Sasuke.

« Si le paysage que je cherche se trouve au fond de tes yeux,
J’aimerais pouvoir le saisir pour en avoir la confirmation.
Même si tes larmes devaient m’éloigner de toi,
Je ne lâcherais jamais ta main.
Alors, maintenant,
J’ai besoin que tu sois à mes côtés. Oui, à mes côtés… »

VII – Naruto OP 3 : kanashimi wo yasashisa ni

Une fois de plus, on retrouve Tokuyuki MATSUTAKE à la réalisation, qui a eu la lourde tâche de succéder à Toshiyuki TSURU, réalisateur du cultissime second générique Haruka Kanata. Tranchant avec les précédents titres rock bien lourds, la chanson utilisée est celle de Little by Little, un duo qui n’aura été productif que 5 ans, mais qui aura tout de même contribué à 6 anisongs au total. Le travail de Tokuyuki MATSUTAKE dans les génériques est reconnaissable par les nombreux plans fixes qu’il utilise, misant sur la sobriété plutôt que le dynamisme. On le voyait déjà avec le 9e générique qui est bien plus lent que les autres, mais c’est encore bien plus flagrant ici.

S’il y a bien un thème prédominant dans l’œuvre de KISHIMOTO, c’est la notion d’héritage et de transmission. Nous pensions au départ suivre l’évolution du blondinet, mais ses aventures s’inscrivent finalement dans un environnement bien plus vaste, où destins et remords se croisent, influençant les jeunes d’aujourd’hui.
Dans cet opening, toutes les générations sont présentes, qu’il s’agisse du jeune Gaara, des jônin au vieux Hokage. Le refrain est la partie la plus intéressante, car il met en relief l’humanité des mentors en dévoilant leur détermination, leurs rêves, leurs regrets. Visuellement, ça se transcrit par des jônin au premier plan et en couleur (contrairement à leurs élèves), donnant l’impression qu’ils sont eux aussi les protagonistes. Un message appuyé également par les séquences suivantes où ce sont le Sandaime et les Sannin qui dévoilent des sentiments plus intimes.
Le résultat est sublime, pour un festival d’émotions.

Bien sûr, de nombreux autres génériques auraient pu être décortiqués. C’est intéressant de constater qu’à eux seuls, on peut parfaitement être en mesure d’appréhender l’œuvre sans même avoir vu un seul épisode. Plus que de simples clips, ce sont de véritables vitrines publicitaires donnant envie à de nombreuses personnes de commencer la série. Des qualités que le studio Pierrot a bien compris, laissant des animateurs de talent s’éclater sur leurs productions afin d’offrir à tous les fans de vrais bijoux.

Les traductions des chansons proviennent de animekaillou.com.

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À propos Dareen

Les animes, les mangas, l'anisong, c'est sa passion ! Quand il ne rédige pas pour MangAnime, il s'occupe en travaillant sur son site web : Digiduo, l'Information Digimon Francophone.

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1 commentaire

  1. Superbe article Dareen ! Et une belle analyse, un vrai plaisir de revoir certains génériques qui réveillent pas mal de souvenirs 🙂

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