[Interview] Y/CON : David GILSON

C’est lors de la sixième édition de la Y/CON du 15-16 octobre 2017 que nous avons eu l’opportunité de rencontrer David GILSON, illustrateur et scénariste, notamment de la bande dessinée Bichon. Nous lui avons posé quelques questions autour de ce titre.

Les propos originaux ont été recueillis par oral, et sont disponibles dans la vidéo en fin d’article. Nous les avons retranscrit et adapté pour l’écrit, et ne peuvent donc pas être considérés comme parfaitement originaux.

Bonjour David, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

« Bonjour, je suis l’auteur de la bande dessinée Bichon de chez Glénat. J’ai fait l’école des Gobelins, travaillé dans le dessin animé pendant de nombreuses années, notamment chez Disney, et depuis quelques années, je me suis arrêté. Aujourd’hui, je me suis posé chez moi en vue de développer des projets de bandes dessinées, comme Bichon qui est né en 2013, et qui continue pour le moment. »

Le 3ème tome de Bichon va sortir très bientôt (aujourd’hui, disponible). Chez MangAnime, nous en sommes très heureux. Pourquoi avoir voulu raconter à travers une BD les aventures d’un pink boy ?

« C’est drôle car j’ai appris le terme pink boy bien après, avant je ne le connaissais pas. En fait, ce n’était pas vraiment une volonté de ma part. Il se trouve que j’avais un blog où je publiais des dessins assez personnels, des anecdotes sur mon enfance, et j’ai été repéré par la maison Glénat qui a été séduite par la sensibilité qui se dégageait de mes petits dessins. Ils m’ont proposé d’en faire une bande dessinée en 46 pages. Ça m’a un peu dérouté sur le moment, parce que je n’envisageais pas spécialement de raconter l’histoire dans un aussi grand format. C’était une belle occasion pour moi, car je rêvais de faire de la bande dessinée, donc je me suis lancé sans trop réfléchir dans cette histoire de ce petit garçon qui me ressemble un peu. »

Comment votre passion pour le dessin est-elle venue ?

« Depuis que je suis tout petit, ça a toujours été. J’ai toujours aimé dessiner, j’ai toujours su dessiner, j’ai toujours aimé la bande dessinée et les dessins animés, et ça ne s’arrête pas. C’est en moi, c’est inné. »

La passion était donc présente dès le début.

« Oui, dès que j’étais collé devant des dessins animés, ça a un peu été comme une révélation, et ça ne s’est jamais arrêté depuis. »

On a remarqué quelques gentils messages à travers l’œuvre, notamment dans le tome 2 où on voit la mère de Bichon qui se bat dans le magasin avec une inconnue en disant « vous nous gavez avec votre théorie du genre ». Est-ce un choix délibéré pour faire avancer les mentalités à travers l’œuvre ?

« Un petit peu oui. Sans trop faire de prosélytisme, c’était une façon de marquer une actualité qui était belle et bien là. Alors, ce n’était pas calculé pour le tome 1 car il est sorti en pleine « théorie du genre » et ce qui en est suivi, La Manif pour Tous, et je craignais qu’il y ait un amalgame. Malgré tout, ce sont des sujets qui me parlent et qui me touchent, et je trouvais dommage de ne pas au moins en parler ou de faire un clin d’œil dessus. La maman de Bichon est assez bienveillante envers son fils, et en même temps a beaucoup de caractère, elle ne se laisse pas faire et protège son enfant. Pour elle, ce qui prime, c’est qu’elle puisse voir son enfant s’épanouir plus tard, donc elle y va ! »

Finalement Bichon, c’est une partie de vous ?

« Oui, tout à fait. Je suis vraiment parti de mes souvenirs d’enfance, mes souvenirs personnels, mes émotions, ce que j’ai pu ressentir. Après c’est romancé, réécrit, c’est pas une biographie, mais je puise dans mon histoire à moi, ça me sert de vecteur et hop, on y va ! C’est un petit peu moi, mais c’est aussi un petit garçon qui fait sa vie, qui devient autonome. Il s’éloigne de moi petit à petit car il devient un personnage à part entière. »

Ne serait-ce pas un rêve que Bichon soit un jour adapté en dessin animé ?

« Et bien, venant du dessin animé (j’ai travaillé dans l’animation pendant plusieurs années), quelque part oui, car le style graphique s’y prête. En plus, j’ai une façon de dessiner qui rappelle ce milieu-là. Pour autant, je sais aussi comment fonctionne ce milieu, j’ai déjà été approché en vue d’adapter Bichon en dessin animé. Mais aujourd’hui, ça reste encore un peu compliqué pour les distributeurs et pour les chaines de télé qui financent ce genre de projets, un peu tôt pour qu’il y ait un petit garçon qui soit le personnage principal d’une série d’animation destinée à la jeunesse aimant des choses de filles.
Dans l’édition, on peut s’exprimer plus librement, il n’y a pas de problèmes. J’ai aucun problème avec Glénat et Tchô! la collec’ qui savent s’adresser aux enfants de façon moderne, en parlant de tous les sujets de société sans tabou, et sans prendre les enfants pour des idiots. Dans l’animation, c’est un peu plus complexe que ça, parce qu’il faut séduire un peu tous les autres pays, et chaque pays a sa façon de voir les choses différemment. C’est pas évident de le vendre, et puis souvent les dessins animés sont associés aux produits dérivés : comment vendre une série avec ce type de personnage, ça reste encore un peu compliqué. Moi, je ne suis pas pressé, j’aimerais bien, ça me ferait plaisir mais si ça ne se fait pas, ça ne serait pas très grave pour moi. »

J’espère que les mentalités changeront radicalement dans quelques années, pour que ce projet réussisse un jour.

« Ça serait bien, dotant qu’il y a quelques séries d’animation aux États-Unis qui commencent un peu à évoquer ces sujets-là comme Steven Universe par exemple pour ceux qui connaissent. On y arrive petit à petit. Donc peut-être qu’en Europe ou en France, ça sera dans quelques années. J’espère en tout cas. »

Si on en croit la fin du tome 2, peut-on espérer que le tome 3 explore plus profondément cette idée que les objets, notamment les jouets, n’ont pas à être genrés, qu’ils soient destinés aussi bien aux filles qu’aux garçons ?

« C’est vrai que le tome 1 explore vraiment cette idée-là, après je ne peux pas trop raconter la même chose en boucle dans Bichon, sinon on évolue pas. Dans le tome 3, on revient un petit peu à l’esprit du tome 1, à savoir l’année scolaire. Mais on va apprendre à connaitre davantage ses amis, ses copains de classe qui eux aussi peuvent avoir des petites différences qui ne sont pas celles de Bichon, et qui ne les vivent pas aussi bien que lui. Lui, il est assez épanoui, il ne se pose pas trop de questions, il est assez innocent. Mais pour ses amis, ce n’est pas forcément le cas. Ce sont de petits secrets légers, il n’y a rien de très dramatique. Mais grâce à sa magie d’amour, il va les aider un par un à s’assumer, relativiser les choses, et faire en sorte que « ce n’est pas très grave, tu es comme tu es, assume-toi, soi toi-même, tout va bien se passer ». C’est plutôt ça le message de mon prochain tome. »

Quel dernier message souhaitez-vous passer à tous les petits et grands bichons du monde ?

« À la base, je ne souhaitais pas nécessairement faire passer un message, je racontais un peu mon histoire en me disant que ça n’allait pas forcément parler à grand monde. Et force est de constater que depuis que Bichon est apparu, ça a touché des gens. J’espère surtout que ça va aider les parents à être plus ouverts et relativiser les choses sur leurs enfants, et sur l’enfance. Les enfants se posent beaucoup moins de questions, et on moins de barrières que les parents. Je pense que ce sont les adultes qui ont peur. Je ne vois pas ce qu’il y a à craindre dans le fait qu’un petit garçon joue à des jeux qu’on estampille féminin. Peut-être qu’ils deviendront homosexuels plus tard, peut être pas, c’est pas une obligation. On peut voir dans le fait qu’un petit garçon qui joue avec des poupées qu’il fera un bon père, on peut y voir une forme de douceur, ça devrait être rassurant je trouve. L’inverse est vrai pour les petites filles aussi. Laissons jouer les enfants en paix avec ce qu’ils veulent, même entre eux, filles et garçons confondus. »

Merci pour cette interview

« Merci ! »

Propos recueillis en octobre 2017 par l’équipe de MangAnime lors de la Y/CON du 15-16 octobre 2017.
Retrouvez David GILSON sur sa page Facebook, ou sur son Tumblr.

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À propos Dareen

Les animes, les mangas, l'anisong, c'est sa passion ! Quand il ne rédige pas pour MangAnime, il s'occupe en travaillant sur son site web : Digiduo, l'Information Digimon Francophone.

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