[Chronique] Classroom of the Elite – En Marche !

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Titre ようこそ実力至上主義の教室へ
yôkoso jitsuryoku shijô shugi no kyôshitsu he
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Format TV – 12 épisodes de 23 minutes environ.
Diffusion Japon : AT-X, le mercredi à 23h30.
France : Crunchyroll, le mercredi à 18h.
Première 12/07/2017
Studio Lerche
Direction Seiji KISHI / Hiroyuki HASHIMOTO
Scénario Aoi AKASHIRO
Chara-design Kazuaki MORITA
Site officiel http://you-zitsu.com
Synopsis de l’éditeur :

Kiyotaka Ayanokôji intègre le prestigieux lycée de haut niveau de Tokyo où, une fois le diplôme en poche, quasiment 100 % des élèves trouvent un travail ou sont reçus à l’université. Pas de chance, il se retrouve dans la 2de D où finissent tous les élèves à problèmes ! Mais au bout d’un mois, Kiyotaka et ses camarades de classe découvrent l’envers du décor et le terrible système sur lequel repose le fonctionnement de cette école…

Chaque saison, il y a des séries qu’on ne voit pas du tout venir. Malgré un trailer laissant présager un school life convenu, en plus d’être servi par une animation réduite à son strict minimum, on sent ici un petit grain de folie dès le visionnage du premier épisode, ce qui nous prépare à suivre une série beaucoup plus intrigante et profonde qu’au premier abord.

Adaptation du light novel du même nom, écrit par Shôgo KINUGASA et illustré par Shunsaku TOMOSE depuis 2015, Classroom of the Elite se révèle alors être un thriller lycéen de premier choix.

« Parce que c’est notre projet »

Il est possible que les premières minutes fassent penser à Baka to test to shôkanjû. On y retrouve les mêmes éléments de départ : des personnages de divers horizons se retrouvent dans la pire classe de l’établissement, celle des cancres et des ratés, et auront comme objectif de franchir les étapes pour devenir la classe la plus cotée. Pour y arriver, ils apprendront à se connaitre et à mettre en avant leurs points forts pour vaincre leurs adversaires, en l’occurrence des lycéens qui, comme eux, souhaitent l’excellence.

Mais les ressemblances s’arrêtent là. Que ce soit au niveau de l’ambiance, de la mise en scène, du système de points, et du caractère des personnages, la série n’a absolument rien à voir avec son aînée. Il suffit de voir les différents fils narratifs pour s’en convaincre :

  • La classe D pourra-t-elle surpasser la classe A ?
  • Quelles sont les limites régissant le système de points, et les manières de les contourner ?
  • Quelles sont les vraies motivations de ces lycéens pour avoir intégré un tel établissement, notamment le protagoniste Ayanokôji dont on ne connait pas les réelles capacités ?


Eh bien ! Ton comportement n’est pas très Charlie !

« Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler »

Dans le souci d’adapter correctement les premiers arcs du light novel à travers une série de seulement 12 épisodes, l’équipe a décidé de mettre sous silence une bonne partie des séquences plus légères des premiers épisodes, où les adolescents apprennent à se connaitre et vivre ensemble. Résultat : le ton de l’anime est alors beaucoup plus sombre et angoissant, et on plonge dans un véritable enfer.

Cette école utilise un système de points pour juger et motiver ses élèves. Au début de leur scolarité, tout le monde reçoit exactement la même somme qui fait office d’argent dans le campus. Il est possible d’économiser, ou tout simplement de dépenser pour aller au cinéma, boire un verre, mais surtout pour se sustenter. Chaque mois, de nouveaux points sont attribués en fonction des notes et du comportement. Mais il y a une subtilité à ce système : lorsque ces nouveaux points sont distribués, ils sont calculés à partir de la moyenne des compétences acquises par les élèves dans la classe, et redistribués équitablement à tous. Les capacités individuelles ne sont ainsi pas vraiment prises en compte. Du coup, on peut être une tête, et ne rien gagner à la fin du mois ! Vous vous en doutez déjà : la classe D accumulant le plus d’élèves à problèmes, elle aura plus de difficultés pour gagner des points…

Cette idée d’associer le mérite à une rente n’est pas une mauvaise chose en soi, c’est la base même de l’idéologie méritocratique dont se réclame le système scolaire français (bien que ça ne soit pas vraiment le cas dans les faits). À travers ce système, ces lycéens découvrent que pour gagner de l’argent, il faut travailler dur car rien n’est acquis. Dans le premier épisode, certains dépensent leur argent fraîchement obtenu en objets divers tels que des jeux vidéo, d’autres dorment au lieu d’écouter en cours, bref ils ne fournissent aucun effort. Pas étonnant que les sanctions soient lourdes après ça ! Malheureusement, associer leurs bêtises à l’ensemble de la classe n’est pas au goût de tous : ceux qui ont cravaché tout le premier mois n’ont rien eu en retour.

Mais il y a deux façon de voir les choses : doit-on aider ces cancres incapables d’être studieux, ou doit-on les mettre à la porte car ils ne rentrent pas dans les cases désirées par l’école ? Dans cette classe, c’est le premier choix qui a été choisi. En effet, Sûdo est un excellent athlète mais un très mauvais élève qui s’est retrouvé sur la sellette par deux fois. Bien qu’il fut sauvé par Ayanokôji et Horikita, ça n’a pas été sans conséquences. On pourrait même dire que son salut est dû à des négociations pécuniaires.

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L’école te laisse te démerder tout seul, tu croyais quoi ?

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires »

L’argent est au cœur même de la série. Au départ une simple motivation pour travailler, les dérives montrent très rapidement le bout de leur nez, car tout se négocie dans le but de survivre à cette lutte acharnée vers le succès. Dans les premiers épisodes, on nous montre qu’il est même possible de payer les profs pour obtenir de meilleures notes en classe. Un système de triche qui est encouragé, même indirectement, par le corps enseignant.

Les élèves comprennent très vite que sans argent, leurs actions sont limitées, tandis que ceux qui en possèdent le plus comme la classe A n’ont aucun souci pour réussir leurs études. Par conséquent, ils ne se gênent pas pour prendre les autres de haut. C’est une lutte des classes qui se joue alors. Les classes favorisées ont plus d’argent, plus de confort pour mieux réfléchir et apprendre, et continuer à engranger encore plus d’argent. De l’autre côté, les plus faibles cravachent pour gagner à peine de quoi subvenir à leurs besoins, mais ne sont alors plus en pleine possession de leurs moyens pour gagner leur vie correctement.

Très difficile, ce système permet tout simplement de responsabiliser les élèves face à la société qui les attend une fois adulte, une société sans pitié où les plus faibles sont exploités et mis à la rue, au profit des plus malins et aisés. L’effet pervers de cette méthode d’apprentissage, c’est qu’elle donne de mauvais réflexes aux jeunes. Le pouvoir c’est l’argent.

On est bien loin des valeurs fraternelles et égalitaires qui devraient être enseignées à nos progénitures, afin de les encourager à amener la société vers plus d’ouverture et d’entraide. Ces 12 épisodes nous laissent un arrière-goût amer, car l’éducation que les lycéens reçoivent dans la série n’est pas si éloignée de nos déboires quotidiens, encouragés par des gouvernements pensant davantage à leurs profits qu’au bien-être du peuple.

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Ça ne vous rappelle pas les débats sur la loi relative au renseignement ?

« Une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien »

Dans son ensemble, Classroom of the Elite se rapproche donc d’un thriller lycéen, où le suspense et l’angoisse se mêlent à des séquences plus calmes et joyeuses en apparence, avec quelques traits d’humour et des personnages sexy permettant de détendre l’atmosphère. Le dernier arc, quant à lui, ressemble fortement à ce qui se fait dans Liar Game, à savoir un jeu malsain où il faut mentir, contourner les règles imposées et profiter des autres afin de gagner au sprint final…

Soulignons l’excellent dernier épisode qui a le mérite de rebattre les cartes, et par extension l’intérêt de l’histoire. Le tout en nous laissant attendre avec beaucoup d’appréhension les futures déboires qui attendent nos personnages favoris dans une potentielle seconde saison, qui sera sans doute annoncée dans les mois à venir.

Sans trop se fouler graphiquement, le studio Lerche réalise une adaptation correcte mais suffisante pour en apprécier l’histoire et ses subtilités. Suivre l’évolution de ces personnages principaux complexes, qui tentent de survivre au système mis en place tout en gardant leur intégrité, est ce qui nous tient principalement en haleine, et est donc le principal intérêt de la série.

On peut noter un excellent opening signé ZAQ où défilent de nombreuses expressions d’auteurs célèbres dans plusieurs langues (dont le français), ainsi qu’un ending de Minami où sont affichées les points de chaque élève, actualisés à chaque épisode.

Tranchant avec les habituelles comédies lycéennes, Classroom of the Elite peut être vu comme une transcription scolaire des dérives de la société capitaliste d’aujourd’hui : argent roi, jeunesse broyée par un système éducatif inadapté, où l’hypocrisie se cache derrière la camaraderie, en lieu et place de l’entraide nécessaire à la création commune d’un monde meilleur. Pas pour rien que cet été, cette série est devenue la série du catalogue Crunchyroll la plus vue en France !

Retrouvez l’intégralité de la série sur Crunchyroll.

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À propos Dareen

Les animes, les mangas, l'anisong, c'est sa passion ! Quand il ne rédige pas pour MangAnime, il s'occupe en travaillant sur son site web : Digiduo, l'Information Digimon Francophone.

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