Critique Série : Lady Detective

Auteurs : LEE Ki-ha (scénario) | JEON Hey-jin (dessins)

Genre : Romance, historique, policier

Editeur : Clair de Lune

Critique de la série complète

Rédacteur : Heyden

Note :  3,5/5  (Scénario : 3,5/5  ;  Dessin 3,5/5)

Fiche de la série :  A venir…

 

Bonne petite surprise que ce manhwa. Ces derniers sont assez rares en France, aussi, quand on en a un de qualité, la moindre des choses est de le mettre en avant. Car Lady Detective fait partie de ces titres qui arrivent à capter l’attention. J’ai été très séduite par ce titre. Le premier tome n’est sans doute pas le plus emballant, mais la suite est très bien menée, sans compter que la romance est tout ce qu’il y a de plus charmante (même si j’aurais aimé un peu plus^^).

Le titre ne manque donc pas d’arguments. En premier lieu, le cadre historique. On se situe à Londres, en pleine époque Victorienne, ce qui ne sera pas sans vous rappeler le sublime Emma de Kaoru Mori. Cela nous permet de montrer une ville en pleine essor, profitant largement de ses succès comment avec les expositions universelles. Un pays qui est donc en proie à de nombreux changements. C’est dans ce contexte que l’on va découvrir les dessous de l’affaire (même si ce ne sera pas la seule menée par notre détective en herbe) : dans une riche demeure, on découvre la mort de Sir Thomas, aristocrate revenant de la guerre, qui a découvert que sa fiancée s’est mariée avec un autre homme. Les circonstances du drame semblent similaires au héros du livre . Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, si bien que cela donne l’impression qu’il s’agit d’un suicide. Et c’est là qu’entre en scène Lady Elizabeth Newton, jeune romancière qui se passionne pour les enquêtes. Accompagnée de son majordome, Edwin White, elle va alors tout faire pour faire éclater la vérité. Il faut quand même revenir sur le cadre ce titre qui montre une certaines précisions dans les détails. Londres des années 1800 est réellement bien retranscrit. En outre, la bibliographie qui se situe à la fin du volume 6 atteste du souci de réalisme des deux auteurs. Un vrai travail de recherches globalement. Les dessins, à cet égard, sont réellement soignés. La cathédrale de Westminster ou encore le London Bridge, il y a des moments particulièrement riches en matière de constructions. J’ai apprécié cette envie de nous faire découvrir L’Angleterre de cette époque, même si après, ce n’est pas aussi abouti que dans Emma pour faire, à nouveau, la comparaison, mais l’effort reste louable et honorable. Mais les auteurs vont également plus loin revenant notamment sur des mœurs encore peu évoluées à l’époque : la situation difficile des classes sociales les plus pauvres, la place des femmes souvent dépréciée (Lizzy en fait les frais) ou encore les nombreuses références scientifiques ou littéraires. Tout cela n’est pas évoqué sans raison, car il y a fréquemment un lien avec les enquêtes.

En ce qui concerne les diverses intrigues, elles ont le mérite d’être directes. En effet, on perd peu de temps pour que tous les éléments soient posés. Les enquêtes durent soit sur un tome, soit sur deux tomes, mais la dernière fait davantage office de fil rouge et il faut parfois revenir en arrière pour replacer tous les éléments. De manière générale, les différentes enquêtes se suivent très bien, d’autant que cela nous donne l’occasion de découvrir les premiers tâtonnements en matière d’expériences scientifiques. Quant à l’intrigue qui progresse essentiellement à partir du tome 4, elle est tout bonnement truculente. On se demande constamment comment Lizzy va parvenir à avoir un coup d’avance sur un personnage à ses côtés mais dont elle ne soupçonne aucunement les méfaits. Cela crée une petite tension délectable. L’enquête autour du futur roi Edward VII, la reine Victoria et le vol de la tiare est notamment un très bon moment dans le manhwa. Même si on n’approfondit pas l’ensemble, on découvre une reine terriblement humaine et qui aurait voulu que les choses soient différentes. Le parti-pris s’avère très intéressant. Il me faut quand même revenir sur l’enquête tournant autour de Moriarty et Lizzy et qui prend davantage forme à partir du tome 4. J’ai parlé d’un duel entre les deux, mais ce qui m’a le plus intriguée, c’est la façon dont on voit le premier mettre les cartes en main et tenter de deviner comment Lizzy pourra le contrer. J’ai vraiment aimé la façon de procéder. On a l’impression qu’il jauge constamment Lizzy parce qu’il a trouvé une adversaire à sa taille. L’admiration qu’il lui porte (même dans son esprit un peu pervers) a quelque chose de malsain, mais c’est ce qui l’amènera à viser toujours plus haut car il croit en l’intelligence de Lizzy. Je ne peux pas détailler entièrement car il faut vraiment lire pour tout comprendre. Le dernier tome reste néanmoins, haletant. Dans la mesure où on a l’impression qu’une course contre la montre s’engage, cela donne un rythme assez rapide, même si la résolution pourra sembler un brin précipitée.

 

© by LEE Ki-ha / Daewon – Daiwon

 

On n’en oublie pas néanmoins de revenir sur le métier de Lizzy. Si la jeune femme choisit de passer par un pseudonyme, c’est sans doute pour évoquer les appréhensions liées au métier d’auteur pour cette époque. Alors que les femmes sont souvent dépeintes comme étant oisives, Elizabeth est une femme qui affirme son caractère et son espièglerie. En choisissant, en outre, un genre plutôt destiné aux hommes, la jeune femme montre déjà sa différence. Elle voue une véritable passion pour les polars, sans compter que cela lui permet d’avoir une source d’inspiration. C’est sans doute ce qui la pousse au départ à se pencher sur la première enquête, même si par la suite, on sent que c’est réellement cette envie de contribuer à sa manière qui prédomine. C’est pour cette raison qu’elle est atypique également : la règle de la bienséance reste importante pour l’époque, or, elle s’en éloigne totalement : elle met le pied là où il ne faut pas, ne faisant pas toujours preuve de diplomatie et n’hésitant à mettre à mal les convictions d’un inspecteur de police qui a une idée assez arrêtée sur l’intelligence féminine (les mentalités ont la vie dure…).

Dans ses enquêtes, notre demoiselle est aidée par son majordome : Edwin White. Ces deux-là forment un duo savoureux. J’ai adoré du début à la fin leur alchimie. Edwin est surtout un ancien avocat brillant reconverti en majordome pour une raison qu’on ignore au début. Grâce à un background assez fouillé, on en découvre davantage sur cet homme soutenu par le père de Lizzy et qui doit tout à ce dernier. Mais on va aussi découvrir un homme qui souffre d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de Lizzy. Tout le long, Edwin ne se sentira pas digne de la jeune femme. Les deux jeunes gens sont fiancés, mais Lizzy le tacle fréquemment sur le fait qu’elle ne peut pas épouser un majordome. Par la suite, on va comprendre que Lizzy ne le fait pas dans un mauvais sens et qu’à sa manière, elle tente de redonner confiance à Edwin pour qu’il reprenne son métier d’avocat. Mais à côté de cela, leur relation est parasitée par le fait qu’ils ne savent pas comment la définir. Edwin ayant été plus ou moins adopté par le père de Lizzy, il la voit de différentes manières : une sœur, une patronne, une fiancée, il ne sait pas toujours. Cette ambiguïté crée pourtant quelque chose d’intéressant, on se demande fréquemment quelle est la limite de leur relation car ils ne semblent pas la voir. Si on ne doute pas des sentiments d’Edwin, Lizzy laisse planer le doute quasiment jusqu’à la fin et le tout est rendu encore plus complexe quand l’inspecteur de police va entrer en scène et se rendre compte qu’il éprouve aussi des sentiments pour la demoiselle. Ce triangle amoureux va se retrouver bien mené là où on aurait pu éprouver une certaine lassitude. Mais pour revenir à la relation entre Lizzy et Edwin, j’ai été totalement séduite. D’autant qu’Edwin, bien que majordome, a une façon assez particulière de se comporter avec elle (le moment où l’inspecteur les regarde tous les deux est assez saisissant pour comprendre toute l’importance de ce couple). De ce fait, c’est toujours avec une forme de distance qu’Edwin agit. On sent bien qu’il est tiraillé, ne trouvant le courage d’affronter ses sentiments que dans le dernier tome. La romance sonne de manière très juste, ne versant pas dans le cliché et amenant quelque chose d’assez cohérent. La réaction de Lizzy pourrait surprendre quelques-un(e)s mais quand on juge sur l’ensemble de la série, elle n’a rien de surprenante en fait. La fin des deux m’a convaincue, même si j’aurais voulu quand même en voir un peu plus. <3

Les autres personnages introduits au fur et à mesure enrichissent le titre et lui donnent surtout un côté léger. Il y a en effet beaucoup d’humour dans le titre. La relation entre Lizzy et son directeur éditorial Andrew en est d’ailleurs un bon exemple. Les piques qu’ils s’envoient mutuellement sont excellentes. Andrew m’a beaucoup amusée. On va d’ailleurs découvrir qu’il a un lien bien précis avec un autre personnage de la série. Je me suis beaucoup amusée également de la relation qu’entretenait Charles Grey (l’inspecteur) avec le gendarme qui l’accompagne sur presque toutes les enquêtes, c’est parfois désopilant. D’autant plus que ce gendarme est représenté du début à la fin comme un Lego ^^, comme s’il n’avait pas de réelle identité. Je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver mignon dans sa naïveté et son envie de pousser son chef à se déclarer à Lizzy. Enfin, Archibald qui fait l’objet d’une enquête va ensuite devenir un personnage récurrent dans la série. Ami d’Edwin, c’est un Dom Juan qui cherche à séduire tout ce qu’il voit. Mais dans la manière dont il est dépeint, on sent que les auteurs s’amusent un peu à le caricaturer. Cela fait mouche dans tous les cas : ses répliques comme ses attitudes m’ont fait rire parfois (il est quelque peu ridicule par moment). Ces personnages, principaux comme secondaires, sont hauts en couleur et les auteurs ont réellement réussi à leur donner des personnalités intéressantes. Leur charisme est un point fort dans le titre.

 

© by LEE Ki-ha / Daewon – Daiwon

On appréciera la fin faisant un clin d’œil amusant à Sherlock Holmes, le célèbre personnage de Sir Conan Doyle. Et les saynètes à la toute fin présentant les personnages 16 ans plus tard. Quant aux dessins, il est assez identifiable dans le fait qu’on remarque que c’est un manhwa, je dirais, mais il se démarque malgré tout car les traits sont beaucoup plus esthétiques que ceux que l’on peut habituellement voir dans les manhwa. Ils ne sont pas trop statiques pour une fois, même si parfois, certaines expressions m’ont semblé un peu figées. Par ailleurs, il est assez clair et les détails sur les costumes d’époque ou les décors valent le coup d’œil. Par contre, je pense qu’il y a un léger souci dans les trames qui ne permettent pas une réelle profondeur sur certains points. Après, ce n’est pas non plus rédhibitoire. Côté édition, elle reste relativement correcte, même si on notera des petites coquilles. Je trouve également que le prix est un peu élevé pour l’édition : 7,95€, c’est assez étonnant quand même pour un titre qui devrait être dans une moyenne à 6,95€. Après, il est vrai que les dernières sorties de Clair de Lune semblent afficher ce tarif.

 

© by LEE Ki-ha / Daewon – Daiwon

 

En conclusion, c’est un manhwa qui vaut que l’on se penche dessus. Si vous appréciez l’époque présentée, les polars, le suspense et chercher une romance pas trop gnangnan, je vous recommande ce titre. Je suis sûre que le charme des personnages parviendra à vous séduire.

 

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