[Chronique] Twin Star Exorcists – Des étoiles qui n’éblouissent pas

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Titre original 双星の陰陽師 sôsei no onmyôji twin_star_exorcists_logo_2
Format TV – 50 épisodes de 23 minutes environ.
Diffusion Japon : TV Tokyo, le mercredi à 18h25.
France : Crunchyroll, le mercredi à 13h.
Première 06/04/2016
Studio Pierrot
Directeur Tomohisa Taguchi
Site officiel http://sousei-anime.jp/
Synopsis de l’éditeur :

De nos jours, des esprits monstrueux viennent parfois semer le trouble sur Terre. Appelés les « Impurs », ils surgissent d’un univers parallèle intitulé « Magano ». Pour les combattre, des exorcistes (ou Onmyôji) sont chargés de les purifier. Rokuro Enmadô est un collégien qui possède toutes les capacités pour devenir un grand Onmyôji, mais il reste traumatisé par un événement lié à ses pouvoirs. C’est alors qu’arrive Benio Adashino, une jeune fille présentée comme son étoile jumelle par une mystérieuse prophétie. Rokuro décide alors de reprendre le combat, porté par un esprit de vengeance…

À notre époque, l’adaptation d’une œuvre en une série TV de 50 épisodes à diffusion continue est une denrée rare. Peu de producteurs s’y risquent, car l’exercice est périlleux et dangereux financièrement. Commandé pour encourager le manga actuellement en cours de publication dans les pages du Jump Square, les écoliers et collégiens japonais ont pu découvrir tout au long de leur année scolaire les aventures romantiques et dramatiques de Rokuro et Benio.

De son nom original Sôsei no Onmyôji (Les Onmyôji des étoiles jumelles), ce titre est le fruit de l’imagination de Yoshiaki SUKENO, à qui on doit la comédie Bimbogami ga!, publié chez Delcourt/Tonkam. Présent depuis novembre 2013 dans le populaire magazine de Shûeisha : Jump Square, ce manga mêle action, comédie romantique et fantastique, dans un récit plutôt efficace, et surtout avec un dynamisme certain. En France, c’est Kaze Manga qui se charge de distribuer ce titre.
Cette série TV a été produite par le studio Pierrot, bien connu pour ses adaptations à rallonge d’œuvres à succès, tel que Naruto ou Saiyuki. À la direction : Tomohisa TAGUCHI qui s’est principalement illustré pour avoir dirigé la série TV Persona 4 en 2014.

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Cette adaptation reprend les grandes lignes du manga, la plupart des scènes ainsi que le background des personnages. Cependant, cette fidélité s’arrête ici car l’anime a suffisamment pris de libertés dans sa narration pour la considérer comme une œuvre unique. Certains éléments de l’histoire sont agencés différemment, comme par exemple Suzaku qui fait une apparition beaucoup plus tôt dans la série. Autre exemple concernant l’antagoniste principal de l’histoire : Yûto est le premier réel obstacle pour les personnages dans l’anime, alors que c’est le Basara Kamui dans le manga. Changer l’ordre des arcs narratifs n’est pas un souci en soi, si ça permet d’inscrire correctement les personnages et les nombreux fillers dans une nouvelle vision de l’histoire. Néanmoins, quand on a précédemment lu le manga, on peut avoir de sérieux doutes dans la pertinence de ces choix. Il n’est pas si évident de saisir l’enchaînement logique de ces événements, surtout quand leur but est de faire grandir les protagonistes, notamment concernant le durcissement des liens entre Rokuro et Benio.
La seconde partie de l’anime n’ayant plus énormément de ressemblances avec son original, les défauts disparaissent pour laisser place à une histoire finalement cohérente dans la durée, même si peu inspirée dans sa mise en scène.

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La famille est une des clés du titre.
Ici, un moment attendrissant ayant un impact fort sur l’histoire.

Également en comparaison du manga, l’anime met en avant de nouveaux protagonistes qui viendront densifier cet univers. La pertinence de ces ajouts reste à prouver, car il y a du bon comme du mauvais. Kinako, la petite mascotte mignonne avec une voix insupportable, n’apporte strictement rien au récit. Pire même, il reste sans cesse dans les pattes de Benio à la conseiller, alors que cette dernière est censée être une solitaire qui a du mal à faire preuve d’empathie envers les autres ! De plus, sa simple présence a tendance à gâcher les séquences romantiques entre ce duo d’amoureux/partenaires que forment Rokuro et Benio, faisant perdre en intensité quelques séquences émouvantes.
Heureusement de l’autre côté, on peut découvrir Sae, une mystérieuse petite fille au centre d’un arc narratif. Dans un sens adoptée comme la fille de Benio et Rokuro, elle va réveiller l’instinct maternel de ces deux-là, et les rapprocher en tant que couple. Bien vu de la part des scénaristes qui signent non seulement quelques épisodes plutôt réussis et émouvants, mais justifient encore plus le rapprochement entre les deux adolescents.

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Il y a une notion assez intéressante du power-up qui est développée ici. Dans les classiques du genre, le héros vainc son adversaire en se surpassant, brisant toutes ses limites, devenant ainsi un sauveur. Rokuro lui, malgré des capacités certes excellentes, n’est pas destiné à devenir l’Onmyôji le plus puissant, car c’est sa progéniture qui est censé ramener l’équilibre dans le monde, et non lui. Personne ne souhaite réellement qu’il devienne extrêmement fort, et quelque part, on cherche à l’écarter du conflit afin qu’il se consacre à sa tache : faire un enfant avec sa partenaire. Mais Rokuro, ainsi que Benio, ne souhaitent pas rester les bras croisés : ils ont chacun une raison de devenir plus fort, car ils ont des buts personnels à atteindre. D’une volonté commune, ils grandiront main dans la main, car leur statut d’Étoiles Jumelles va leur permettre d’utiliser un pouvoir spécial, la Résonance, qui décuple leurs capacités quand ils l’utilisent en symbiose.
Paradoxalement, au fur et à mesure de leurs combats, ils deviendront des éléments indispensables, même déterminants, dans les batailles entre Onmyôji et Basara.

Mais dans l’ensemble, les personnages et leurs capacités sont trop mal mis en valeurs dans le récit. Au départ présentés comme des combattants hors-pairs, les Douzes Généraux Célestes ressemblent plus à une bande d’excentriques qu’à de vrais experts de la magie. Dans son Hunter x Hunter, TOGASHI préférait jouer sur l’intelligence des protagonistes, ainsi que leur manière d’utiliser leurs pouvoirs, pour obtenir une réelle tension lors des combats. Ce n’est pas du tout l’angle choisi dans Twin Star Exorcists qui mise plus sur les pouvoirs éclatants que sur des réelles stratégies réfléchies. Il est même souvent difficile de saisir correctement le rapport de force entre les combattants, ainsi que l’impact que procure la force de la volonté dans la réussite de leurs duels. Un personnage surpuissant un jour pourra se faire écraser l’épisode suivant. Combiné à un scénario peu excitant, très peu de personnages se démarquent finalement du lot. Rokuro et Benio restent fort heureusement relativement plaisants à suivre, et quelques antagonistes méritent le coup d’œil comme Yûto leur ennemi juré, ainsi que le charismatique Kamui, le Basara solitaire et insaisissable qui se révèle beaucoup plus sympathique que prévu.

Quelque part, une fois la série terminée, on se rend compte que beaucoup d’épisodes plombent le récit entier. Beaucoup trop de fillers pour développer des personnages insipides et sans intérêt, mais aussi pas assez de temps passés avec Rokuro et Benio pour profiter d’un rapprochement moins stéréotypé qu’un chevalier sauvant sa princesse. Aussi, il y a un réel manque d’enjeu dans les combats, qui s’apparentent plus à un défilé qu’autre chose. L’histoire est globalement trop gentille et est vraiment destinée au jeune public. Quand on est dans un récit avec des batailles où nous cherchons la mort de son adversaire, on aimerait tout de même qu’il y ait de vrais drames afin de mettre du piquant à l’affaire.
La fin de la série se révèle beaucoup trop attendue, avec de l’émotion poussive, des antagonistes ridicules, et surtout des dialogues d’une rare niaiserie, surtout quand il est question de bien et de mal… Un peu frustrant d’avoir suivi cette histoire aussi longtemps pour si peu de surprises. Le manga étant toujours en cours de publication, la fin est clairement inventée de toute pièce.

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Alors qu’on nous vend une romance entre deux adolescents dès le deuxième épisode, étaler cette écriture sur 50 épisodes était un pari risqué. Malheureusement, difficile d’être attendri par cette amourette. Le jeu du chat et de la souris entre deux personnages que rien ne lie au départ, passe très rapidement de la case mignon à fatigant. Les adolescents coincés dans leur peau est un stéréotype propre à l’animation japonaise. Il faudra supporter des séquences entières de malaise où ils sont totalement incapables de se tenir la main, ou des rougissements abusifs juste parce qu’un d’entre-eux a réussi à reconnaître positivement l’autre. À la base de petites séquences humoristiques dans le manga, elles n’apportent dans l’ensemble pas énormément à l’histoire, sinon une évolution extrêmement lente de leur relationship. Pire même, dans le but de faire durer ce développement pour un accomplissement dans les derniers épisodes, certaines situations sont poussives comme les kiss loupés entre Rokuro et Benio, à chaque fois pour des raisons stupides. C’est assez décevant, car la romance est l’enjeu principal de l’histoire, et un des principaux arguments du titre. Ceci dit, elle reste globalement mignonne avec quelques scènes vraiment attendrissantes qui ne manqueront pas de vous faire frissonner, pour peu que vous soyez fleur bleue.

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Ici, l’animation est excellente.
Dommage que la majorité des épisodes ne soient pas aussi soignés.

Le studio Pierrot a réussi à retranscrire correctement sur le petit écran l’univers dans lequel évolue les personnages. Grâce à une direction artistique de qualité, nous faisons correctement la différence entre les deux mondes, les teintes noires et rouges démoniaques de Magano contrastants avec le bleu du Japon. Les décors ne sont pas en reste avec des paysages apocalyptiques terrifiants, sur lesquels les protagonistes tout comme les spectateurs ne se sentent jamais sereins. Cette ambiance oppressante, également dû aux compositions de Mikio ENDO, arrive à insuffler une personnalité à cette série, à défaut de pouvoir retranscrire à la perfection le dynamisme du manga. C’est d’ailleurs principalement un point que l’on peut regretter dans cette adaptation, car l’œuvre originale est ultra stylisée contrairement à celle-ci où la majorité des combats manque cruellement de punch. Malgré quelques séquences sakuga réussies, et des effets visuels omniprésents de toute beauté, on a l’impression par moment que les batailles sont plates et mornes. Un peu plus de folie aurait sans doute permis d’impliquer davantage le spectateur dans le drame et le danger que représentent les situations. On peut noter aussi une certaine inégalité dans le graphisme, avec des épisodes mal finis et peu engageants, et de l’autre, des gros plans très propres avec des cadrages de qualité. Ceci dit, maintenir une qualité d’animation constante sur un an de diffusion, alors que la série n’a d’autres buts que d’être visionnée à la télévision juste avant le dîner, n’est pas ce qu’il y a de plus utile.

Il serait un peu triste de ne pas évoquer ses génériques, de parfaites réussites sur tous les points. Des chansons entraînantes (notamment par le Wagakki Band, un groupe de rock utilisant des instruments traditionnels japonais), mais également du sakuga utilisé en masse, ainsi que des plans originaux et stylisés. Ce n’est pas la première fois que le studio Pierrot met le paquet pour chouchouter les génériques, c’est même une habitude. Laisser la place à des nouveaux talents ou des vieux de la vieille pour exprimer leur art dans un format sans réelles contraintes. Shingo YAMASHITA par exemple qui a travaillé sur le second opening, est crédité sur deux excellents génériques de Naruto Shippuden, ou le mémorable ending de Shinsekai Yori.

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Dans l’ensemble, Twin Star Exorcists est une série d’action romantique sympathique, mais qui ne fera pas date dans la production actuelle. Son manque cruel de rythme, combiné à une inspiration scénaristique mitigée, dessert l’intérêt général de l’œuvre. C’est dommage, car la volonté d’offrir une histoire dense et complète au jeune public est bien présent. Mais il ne faut pas se tromper, le manga original mérite quant à lui le coup d’œil quand on est fan du genre. Investir du temps sur ce support serait une meilleure approche afin de suivre sans frustration les aventures de Rokuro et Benio dans cet univers fantastique.

Retrouvez l’intégralité de la série sur Crunchyroll.

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À propos Dareen

Amateur de mangas, animes, anisongs, et de whisky. Également administrateur de Digiduo, l'Information Digimon Francophone.

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