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[Chronique] Yuri!!! on Ice – EP.1 à EP.3 – De l’éros sur patins

Titre original ユーリ!!! on ICE yuri_on_ice_logo
Format TV – 12 épisodes de 23 minutes environ.
Diffusion Japon : TV Asahi, le jeudi à 02h20.
France : Crunchyroll, le mercredi à 21h.
Première 05/10/2016
Studio MAPPA
Directeur Sayo Yamamoto
Site officiel http://yurionice.com/
Synopsis de Crunchyroll :

Yuri Katsuki portait sur ses épaules tous les espoirs du Japon pour remporter le Grand Prix de patinage artistique, mais il y a subi une écrasante défaite. Il retourne dans sa ville natale et songe alors à prendre sa retraite, malgré une persistante envie de patiner. Un jour, le quintuple champion du monde Victor Nikiforov, accompagné d’un jeune russe, Yuri « Yurio » Plisetsky, vient le trouver pour qu’il reprenne la compétition…

Combien d’entre nous apprécient le patinage artistique, au point d’être incollable sur les différents champions actuels et en devenir ? De connaitre le nom de toutes les figures ? De suivre passionnément chaque compétition sur le câble ? Ce sport pourtant populaire, n’est pas de ceux qui rassemblent le peuple devant sa télévision, sinon par hasard au détour des jeux olympiques au moment de l’apéro.

On ne peut pas dire que ce sport soit très représenté dans l’animation japonaise. Il existe certes Ginban Kaleidoscope, série de 2005 en 12 épisodes, adaptée d’un shôjo manga de Jun Hasegawa, lui même adapté d’un roman de Rei Kaibara, dont l’intrigue principale est avant tout portée sur le duo que forme les protagonistes et leur histoire d’amour naissante, plutôt que sur ce sport rapidement balayé à travers des séquences mal animées et peu représentatives de la complexité de cette disciple. Nous allons passer sous silence la série TV Pretty Rhythm, ainsi que le récent court-métrage Omoi no Kakera de Shouji Saeki, dont les parties sportives ne sont pas réellement au centre du récit, pour nous attarder sur un titre en particulier : ENDLESS NIGHT.

ENDLESS NIGHT, imaginé et réalisé par Sayo Yamamoto, a été diffusé en août 2015 lors de la Japan Anima(tor)’s Exhibition. Ce court-métrage nous présente en 5 minutes des séquences de patinage artistique où un garçon suit les traces de son idole en reproduisant ses chorégraphies. Cette production est une collaboration entre le chara-designer Atsushi Kamijo (créateur du manga Next Stop, paru chez Glenat) et le chorégraphe Kenji Miyamoto (2 fois médaille d’or de patinage artistique catégorie danse, lors du Japan Championships), pour un résultat des plus réalistes. On a rarement, sinon jamais vu de telles scènes d’animation de ce sport, reprenant à la perfection différentes figures que l’on retrouve lors des vrais spectacles ou compétitions. Mais s’il est impeccable graphiquement, on pourrait regretter un nombre d’images par seconde un peu faible, faisant perdre un peu de magie à la fluidité des mouvements.
On peut clairement considérer ce court-métrage comme le pilote de Yuri!!! on Ice, ayant probablement contribué à donner des idées à l’ambitieux Masao Maruyama afin d’en produire une série TV.

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Le soin apporté aux décors dans cette séquence est exemplaire, on s’y croirait.

Un an plus tard donc, Sayo Yamamoto est de retour dans cette nouvelle production du studio MAPPA, fondé en juin 2011 par Masao Maruyama, le co-fondateur du studio MADHOUSE. C’est ce studio à qui nous devons des séries comme Terror in Resonance, Garo the Animation, ou très récemment la série de foot Days. Pour cette série TV, Sayo Yamamoto est épaulée par la mangaka Mitsuro Kubo, plus connue chez nous pour Shinjuku Fever, passé presque inaperçu dans la collection d’Akata/Delcourt. En plus d’être co-créatrice du concept de la série, elle signe l’ébauche des personnages, et travaille sur les storyboards. Nous retrouvons également le chorégraphe Kenji Miyamoto, dont ses performances serviront de modèle pour les animateurs.

Ce premier épisode nous narre l’histoire d’un jeune homme, Yûri Katsuki, patineur professionnel qui rentre au Japon après 5 années passées à l’étranger pour tenter de se faire un nom à l’international, sans réel succès. Déprimé, il doute de ses capacités, se demandant même s’il ne va pas arrêter sa carrière malgré son amour inconditionnel pour ce sport. Filmé à son insu, une vidéo où on le voit reproduire à la perfection une des chorégraphies de son idole, le quintuple champion du monde Victor Nikiforov, va faire le buzz dans le monde entier. Victor, lui même fatigué de n’avoir aucun nouveau challenge à s’offrir, va retrouver une nouvelle motivation en découvrant le talent de Yûri. Il décide donc de venir au Japon pour devenir son entraîneur, au grand dam de son apprenti, un jeune russe prometteur surnommé Yurio. Débute alors une passion et une rivalité entre ces trois personnages qui les amèneront dépasser leurs limites.

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Quadruple salchow effectué par un pré-ado, bonjour.

D’après une étude de Mediamétrie, le patinage artistique serait le seul sport à être d’avantage regardé par les femmes que part les hommes. Avec en plus un duo féminin en tête de projet, il est normal que la série ait des éléments pouvant plaire à ce public. Le fait que les personnages soient composés d’éphèbes n’est pas un argument en soit, ce sport ayant toujours préféré les hommes fins dans les compétitions. Bon nombre de patineurs sont particulièrement séduisants et entretiennent entre eux une rivalité suffisamment ambiguë pour que du subtext yaoi se fasse ressentir, et ça même si le personnage principal avoue explicitement être attiré par une femme. Soyons clair, l’anime joue dessus pour attirer un certain public et ne s’en cache pas. Les nombreuses avances tendancieuses que fait Victor envers Yûri, jusqu’à vouloir dormir dans sa chambre pour mieux le connaitre, ne sont pas uniquement justifiées pour le scénario. Prise de position afin d’assurer l’achat des blu-ray par les fujoshi, ou simple fantasme du directeur, ayant elle-même avouée être particulièrement bonne pour mettre en scène de la comédie et de l’érotisme ?
Alors oui, c’est clairement réussi de ce côté là, et il y a largement de quoi se rincer l’œil (dont des scènes de nudité totalement gratuites) sans pour autant que ce fanservice prenne le pas sur les autres éléments que nous propose cette œuvre. Si ça ne gênera sans doute pas les personnes averties, il est à craindre que bon nombre de spectateurs lâchent la série en cours de route, n’assumant pas suivre un sport déjà de réputation efféminée, mais dont les nombreux dialogues et images dégagent un fort érotisme au masculin.
Et c’est pourtant bien dommage.

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N’y voyez ici que de l’admiration virile.

Abstraction faite du sport, Yuri!!! on Ice raconte tout simplement l’histoire d’un garçon bourré de talent mais manquant de confiance en lui. Sa carrière va changer lorsqu’une personne expérimentée sera là pour l’aider à progresser sur ce plan-là. A côté, d’autres protagonistes évolueront au contact de ces deux-là. Jusque-là rien de bien original, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus important dans la série. Tout d’abord, Yûri n’est pas un lycéen : c’est un adulte évoluant dans un milieu professionnel, déjà doté des capacités qui lui permettront de briller. Savoir perfectionner son corps et sa technique est une chose, mais la psychologie en est une autre. Il ne lui manque que la confiance en soi ainsi qu’une réelle détermination pour réussir là où il a échoué. Misant plus sur le mental des personnages que leur entrainement technique, Yuri!!! on Ice évite ainsi de se perdre dans des explications techniques inutiles qui n’intéresseront pas grand monde, et feraient perdre du temps pour une série qui ne devrait pas dépasser les 13 épisodes, sauf succès inespéré.
Le ton de la série se veut un équilibre subtil entre sérieux et humour, sans jamais se prendre réellement au sérieux. Les scènes comiques sont renforcées à coup de SD afin de rendre l’atmosphère plus légère, assumant également le fanservice sans impression de lourdeur. Mais cet ensemble est peut-être même un peu trop joyeux, ne permettant pas de saisir suffisamment la pression que subissent les personnages vis-à-vis de leur avenir. Si on connait très bien leurs difficultés et leur caractère, on n’a pas forcément l’impression qu’ils mettent leur avenir, ainsi que la réputation de leur nation, en jeu. C’est surtout leur égo qui est mis en avant, et il y a fort à parier que c’est cet aspect-là qui sera mis en avant dans les épisodes à venir. Le contraste entre le junior ambitieux et le professionnel naïf devrait fait déjà des étincelles sur scène, pour notre plus grand plaisir.

yuri_on_ice_gif_2 Les expressions du visage, la fluidité de l’animation, cette réelle impression de glisse, le mouvement de caméra donnant l’illusion que la personne filme sur la glace. Tout est parfait dans ce plan.

Le point le plus marquant de ces deux premiers épisodes, c’est son animation. Le trailer promettait déjà beaucoup, que le résultat final confirme. C’est superbement animé de bout en bout, aucun plan fixe n’est à déplorer. On peut se demander si la technique de la rotoscopie n’a pas été utilisée durant certaines séquences tellement c’est criant de réalisme. Les différentes figures sont les parfaites reproductions de ce que nous pouvons voir à la télévision, sans jamais avoir une impression de grossièreté. Mais résumer la qualité d’animation de Yuri!!! on Ice au patinage serait une erreur, car de très nombreuses autres séquences sont également de toute beauté, qu’il s’agisse d’un footing quotidien ou d’une simple discussion. L’opening en full sakuga rappelle quelque part celui de Ping Pong et que derrière cette équipe se cache de très grands animateurs. Si la technique est très clairement de haut vol, elle est au service de différentes chorégraphies dégageant une sensualité rare. Nous ne sommes pas obligés de croire à leurs talents, car une telle chaleur se dégagent de ces personnages que les dialogues sont inutiles pour saisir la perfection artistique de Victor, la fougue du jeune Yurio , ou l’éros transpirant de Yûri.
Un très gros travail à été également fait dans les décors. Cherchant à être au plus proche de la réalité, absolument toutes les scènes ont été peaufinées pour que l’on ait réellement l’impression de se trouver dans la chaleur d’une auberge, ou sur la piste glaciale de la patinoire. Si la ville d’Hasetsu est fictive, elle est inspirée de celle de Karatsu se trouvant dans la préfecture de Saga, à Kyûshû. Le photo-réalisme des décors permettent de l’identifier facilement quand on connait ces lieux. Cette sensation d’immersion peut se ressentir également via les différentes tenues que portent les personnages dans chaque épisode. Toutes d’un look réfléchi et soigné, on sent bien que les protagonistes changent régulièrement leurs vêtements, rythmant leur quotidien et accessoirement pour nous le visionnage de l’épisode.

Si tous les personnages sont plutôt raffinés, Yûri marque les esprits par son physique beaucoup plus banal. Peut-être avez-vous l’impression d’avoir déjà vu ce visage quelque part ? Pour beaucoup, il ressemble à Shinichi de la série Parasite, pas si étonnant quand on sait que le chara-designer est le même : Tadashi Hiramatsu. Il est également possible de retourner du côté du manga Shinjuku Fever de Mitsuro Kubo pour y retrouver l’inspiration originale, à savoir le jeune Fuku, sorte de version adolescente de Yûri dont les traits sont presque les mêmes.
Cependant l’inspiration de Yûri provient premièrement de Yuzuru Hanyû, le premier champion olympique asiatique, record du monde du nombre de points obtenus en programme court. Presque le même âge, la même coupe de cheveux, le même regard, la même carrure, il serait étrange d’y voir une simple coïncidence. Mais en réalité, les créateurs de la série ont avoué que l’inspiration principal du personnage provient directement d’un autre patineur, Tatsuki Machida, dont elles sont fans. On pourrait dire que Yuri est donc un mixte de ces deux sportifs. Victor, quant à lui, est très clairement basé sur Evgeni Plushenko, un célèbre patineur russe de 33 ans qui a gagné de nombreux titres pendant 17 ans. Yurio lui, est une version masculine de la patineuse russe Yulia Lipnitskaya.
Yuri!!! on Ice pioche donc dans la réalité afin de construire les personnages et leur histoire. Quand on sait que Evgeni Plushenko et Yuzuru Hanyû s’admirent mutuellement, de la même manière que Victor et Yuri dans cet anime (même si chez ces derniers il y a une tension sexuelle presque non dissimulée), les doutes ne sont plus permis. A croire que cette production est une fanfiction à gros budget de célèbres personnages de l’univers du patinage artistique.

yuri_on_ice_gif_4 Il n’y a pas que les séquences sur la glace qui sont bien animées. Sakuga everywhere.

Le casting de la série n’est pas en reste. Toshiyuki Toyonaga (Mikado de Durarara) interprète Yûri avec beaucoup de justesse. Junichi Suwabe (Aomine de Kuroko’s Basket) utilise toute son expérience de comédien pour camper un Victor très confiant en lui et plein de charme. On pourra également compter sur des pointures comme Jun Fukuyama (Lelouch de Code Geass) ou Mamoru Miyano (Light de Death Note) pour solidifier l’ensemble.

De la même manière que All Out!! prépare la future coupe du monde de rugby en 2019, Yuri!!! on Ice surfe sur la montée en puissance des patineurs asiatiques au niveau mondial, dont Yuzuru Hanyû en est actuellement le leader. Malgré un casting peut-être trop efféminé pouvant faire fuir un public peu habitué à suivre des histoires composées d’éphèbes, il serait réellement dommage de passer à côté de cette production. Ce n’est pas tous les jours qu’un studio donne carte blanche à un réalisateur ambitieux pour créer une œuvre originale, et surtout avec les moyens qui vont avec, pour un rendu excellent à tout point de vue. Un vrai anime sportif et artistique, à ne pas louper.

Retrouvez la série sur Crunchyroll, tous les mercredis à 21h.

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À propos Dareen

Amateur de mangas, animes, anisongs, et de whisky. Également administrateur de Digiduo, l'Information Digimon Francophone.

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